Les origines de la Sécurité sociale

Par rapport à l’assistance et à la prévoyance, la singularité de la Sécurité sociale est celle de la solidarité sous le contrôle et la responsabilité de l’Etat.

Au XIXe siècle

Le développement de la bienfaisance

Les personnalités s’investissent dans des projets d’entraide, comme l’organisation de kermesses, tombolas, pièces de théâtre, cirque… pour récolter des fonds en faveur des plus indigents.

La bienfaisance s’est aussi organisée à l’initiative des personnes « dépaysées » venues des pays de la Hanse, d’Allemagne, d’Angleterre…

C’est le cas d’Abraham Gradis, issu d’une famille marrane chassée d’Espagne par l’Inquisition, qui, dès 1750, conclut une forme de « convention de tiers-payant pharmaceutique », au bénéfice de ses coreligionnaires juifs de la Nation portugaise vivant à Bordeaux.

Convention entre Abraham Gradis et Belin (1750)

"Nous soussignés Abraham Gradis Syndic de la nation portugaise et moy Belin apothicaire de la présente ville sommes convenus et demeurés d'accord que moy Belin promets et m'oblige de voir et assister tous les Pauvres malades de la susdite nation portugaise soudain que j'en serai requis par les dits malades et par ordre dudit sieur syndic et de leur fournir généralement toutes les médecines médicaments et remèdes qui leur sera nécessaire à leurs maladies, duquel cependant je ne pourray de mon chef rien leur ordonner ny leur faire prendre sans le consentement et l'ordre du médecin ou chirurgien qu’ils commettront pour le soin des dits malades.
Promettant d’expédier soudain toutes les recettes qui me seront apportées soit de la part du dit médecin ou du chirurgien et d'envoyer les médicaments chez les dits malades sans aucune sorte de delay ny retardement. Et moy susdit Abraham Gradis promets de payer au dit sieur Belin la somme de ... pour chacune année, ce que nous promettons chacun de nous lacuiter pour ce qui le concerne de bonne foy a peine de tous dépens dommages et intérêts, fait double à Bordeaux le ..."

L’apparition de la philanthropie

Des personnalités particulièrement riches ont, au milieu du XIXe siècle, utilisé leur fortune avec un certain systématisme pour faire le bien aux plus miséreux. A Bordeaux, on peut citer Etienne-Henri Brochon et Daniel Iffla-Osiris, créateur des premiers « Restaurants du Cœur ».

Daniel Iffla-Osiris 1825-1907  © CPAM 33

Daniel IFFLA-OSIRIS (1825-1907) fut une personnalité importante du monde financier du XIXe siècle. Mécène et philanthrope, il légua à sa mort la somme de 36 millions de francs-or à l’Institut Pasteur. Ce legs permit la création de l’Institut du Radium où Marie Curie développa ses découvertes, qui ont profondément marqué le XXe siècle. Il donna également, à la ville de Bordeaux, la somme de 2 millions de francs afin de créer, selon ses propres mots, « un asile de jour installé sur un bateau où seront reçus des ouvriers âgés et indigents des deux sexes sans distinction de culte ». Selon son vœu, le bateau-soupe, amarré sur la Garonne, a fonctionné de 1913 à 1940. Il offrait des repas à tous les nécessiteux, qui bénéficiaient aussi d’un service médical gratuit.

Etienne Henry Brochon 1833-1896  © CPAM 33

 

 

Etienne-Henry BROCHON (1833-1896), inscrit au Barreau de Bordeaux en 1875, élu trois fois Bâtonnier, fut pendant trente ans le conseil juridique du Bureau de bienfaisance et des Hospices civils de la ville. Surnommé l’« Avocat des Pauvres », son bureau était ouvert à tous. Les déshérités y trouvaient toujours un accueil des plus bienveillants.

Les sociétés de secours mutuels

Interdites par la loi Le Chapelier sous la Révolution (1791), elles se maintinrent en fait dans la clandestinité. Progressivement tolérées par l’Etat, elles réapparurent officiellement sous le Second Empire. Particulièrement nombreuses en Gironde, elles furent plus nombreuses qu’à Paris. Bordeaux, en effet, vivait du commerce qui encourage les liens entre les gens des trois religions monothéistes s’y côtoyaient dans la tolérance et faisaient la surenchère sociale.
En outre, ce fût le siège de la deuxième loge maçonnique française et une étape importante du Tour de France des Compagnons. L’Union compagnonnique du Tour de France fut précurseur des sociétés de secours mutuels et des syndicats.
Au début, la mutualité est rurale et le fait de notables, qui financent en tant que membres honoraires.

Société de secours mutuels Saint-Clair l’Union, Le Temple (1904) © CPAM 33Médaille Société de secours mutuels, Poignée de main © CPAM 33
Fête de la Section mutualiste des Verriers du Sud-Ouest, Lormont (1905) © CPAM 33Décoration Société de secours mutuels, Abeille © CPAM 33

La mutualité

Francs-maçons © CPAM 33, photo J.-L. CharmetL'insécurité ouvrière au XIXe siècle

Au XIXe siècle, une nouvelle classe sociale apparaît : le monde ouvrier, qui regroupe en 1820, 4 millions de personnes sur une population de 31 millions d'habitants. Les ouvriers tirent leurs revenus de la location de leur force de travail, ce qui les place dans une situation permanente d'insécurité économique. La maladie, les accidents du travail dont la multiplication tient à la longueur de la journée de travail, aux techniques mal maîtrisées et à l'absence de toute prévention, ainsi que le chômage, mettent directement en cause leurs moyens d'existence.

Après la suppression des corporations par la loi Le Chapelier (1791), le compagnonnage était la seule forme d'organisation des ouvriers pour la défense de leurs intérêts. Le droit de grève n'est légalisé qu'en 1864, puis l'existence des syndicats est reconnue en 1884.

La naissance de la prévoyance

Scène d’éducation morale et civique © CPAM 33, photo J.-L. CharmetLes premières sociétés mutualistes apparaissent dès 1800. Elles se développent, notamment dans les communes, sous l'impulsion des préfets qui incitent les maires à mettre en "application le décret organique du 28 mars 1852".
En 1880,
  8000 sociétés regroupent 1 400 000 adhérents. La première Caisse d'épargne est créée en 1818 ; en 1848, on compte 346 caisses et 500 000 déposants.
A partir de 1830,
des chefs d'entreprises créent des institutions de prévoyance assurant la prise en charge des frais médicaux, le versement de pensions, la formation du personnel.
Les Sociétés de secours mutuels sont autorisées à partir de 1848 et reconnues officiellement en 1852.

En Aquitaine

Bordeaux - ville étape importante des Compagnons du Tour de France et siège de la deuxième loge maçonnique française - voit se créer, dès qu'elles sont "tolérées", de nombreuses Sociétés de secours mutuels. Documents et objets témoignent de ces évolutions sociales (textes anciens, bannières de Sociétés de secours mutuels, diplômes, médailles...).

Règlement de la Société de l’Union des Travailleurs du Tour de France (1904) © CPAM 33

 

 

 

La "Société de l'Union" est créée à la suite de la dissidence, en 1830, d'aspirants serruriers du "Devoir" de Toulon, qui estiment que cette organisation compagnonique ne répond pas à leur souhait de "parvenir à l'Unité Corporative pour que le principe de la Mutualité se réalise d'une manière féconde".

En 1832, des bureaux régionaux sont mis en place dans diverses villes de France : le premier à Toulon (30 juillet), suivi de Bordeaux le 15 août à l'initiative du compagnon serrurier Marius Motte. Ces bureaux comportent une section par profession.
Le sociétaire doit être âgé de 16 ans révolus, de bonnes moeurs et de bonne conduite, être porteur d'un passeport en règle. En cas de maladie, il perçoit un secours de 60 centimes par jour pendant un mois, 50 centimes le deuxième mois, 40 centimes les mois suivants. Une veille de nuit est assurée, par un ou deux sociétaires selon la gravité de l'état.

Bannière de la Société de secours mutuels des Tramways de Bordeaux (1907) © CPAM 33Statuts et règlement Société des Vrais Amis de l'Ordre de La Bastide-Bordeaux

Formée en 1855, elle est, au départ, une association de pharmaciens pour la fourniture des Sociétés de secours mutuels. Elle s'ouvre plus largement par la suite. Ainsi, en 1865, son président est capitaine des Sapeurs-Pompiers, les vice-présidents respectivement gabarier et charpentier.
Bannière de la Société de Secours Mutuels d’Andernos (1884) © CPAM 33L'hospitalier est chargé de porter les subventions aux malades, de s'assurer que le visiteur les voit régulièrement, de payer le dimanche les journées de maladie de la semaine. Une participation aux frais d'obsèques est versée sur la base du prix de la 6è classe.

La fête de la société est fixée au 15 août (assistance à la messe obligatoire - en cas d'absence : 3 F d'amende, en cas de départ avant la fin : 50 centimes). Des sanctions sont également prévues pour retard aux réunions, non respect de la discipline : être présent à l'appel de sortie, avoir une tenue correcte (cravate attachée et col non ouvert). Lors des cérémonies, les sociétaires doivent porter un chapeau noir (pas de chapeau de paille), des gants blancs, crêpe au bras pour les funérailles.

Livre de comptes, Chambre syndicale des Employés de Commerce de Bordeaux (1869-1930) © CPAM 33La Chambre Syndicale des Employés de Commerce de Bordeaux

Fondée le 25 décembre 1869 sous l'égide notamment de Jules Simon, alors député de la Gironde et Conseiller général du 2è canton de Bordeaux, cette "association libérale" s'est donné pour but "d'élever le niveau moral, professionnel et économique des employés de commerce... leur procurer des emplois selon leurs aptitudes et leur venir en aide pécuniairement".

Son activité, à laquelle les patrons ont longtemps été associés, a effectivement démarré au lendemain de la guerre de 1870 (juin 1871). Elle recouvre des secteurs très variés : formation professionnelle (commerce, comptabilité, secrétariat, langues, droit commercial et social, service de placement) ; cercle bibliothèque avec prêt de livres, conférences, activités sportives et de loisirs ; Bibliothèque, Chambre syndicale des Employés de Commerce de Bordeaux (1869-1930) © CPAM 33Caisse de secours mutuels : frais médicaux, pharmaceutiques, indemnités pécuniaires, capital-décès, caisse de retraite ; Caisse des assurances sociales N° 2 de 1930 à 1945 ; syndicat professionnel indépendant.

Ainsi, cette organisation originale permet pendant une centaine d'années, de répondre aux attentes des employés de commerce bordelais en leur offrant une approche globale de leurs besoins intellectuels, matériels et moraux.

 

Carte postale, Caisse de Secours Mutuels à Dresde (1940-1945) © CPAM 33

La solidarité s’intensifie encore lors des événements tragiques. Ainsi pendant la seconde guerre mondiale, les prisonniers s’entraidaient-ils les uns, les autres. Cette petite carte postale, intitulée Caisse de secours mutuels à Dresde au profit des veuves et orphelins, témoigne d’une initiative solidaire. Le stalag IV-C (baraquement d’un camp de prisonnier) était implanté à Wistritz, aux environs de la ville allemande de Dresde. Malgré leur condition de prisonnier de guerre et leur éloignement de la France, les “pensionnaires” de ce stalag avaient organisé une société de secours mutuels en faveur des veuves et des orphelins de leurs camarades, financée par un prélèvement sur le maigre pécule qu’il percevaient en travaillant dans les fermes et les usines alentour.

 

 

Suite ...

Haut de page

 

Logo de l'Assurance Maladie  © CPAM 33 Mentions légales - Contact - Crédits photographiques - Accessibilité du contenu
Musée national de l'Assurance maladie
Jours et heures de visite - Formulaire de contact
2008 - Tous droits réservés - Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Gironde

 Réalisation - Evolutis Web Agency

 

Plan du site Accueil Contact Visite virtuelle Comment venir Actualités / Agenda Mentions légales Jours et heures de visite Présentation du Musée Accessibilité du contenu